dimanche 12 octobre 2014

Jeudi 10 septembre 2009 : Le Puy-en-Velay – Montbonnet.

Le sentier de Saint-Jacques-de-Compostelle pénètre au Puy-en-Velay. Il longe des jardins le long de la Borne, rejoint le pont Tordu, passe au pied du rocher Saint-Michel-d’Aiguilhe : un énorme piton rocheux sur lequel est perchée une chapelle romane accessible par un escalier taillé dans le roc.


Passant par la place Saint-Clair, la montée Gouteyron, la porte de l’Hostellerie, la ruelle couverte du Grasmanent et la rue de la Manécanterie, le sentier débouche sur la place du For, à l’arrière de la cathédrale où je m’introduis.
Inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, la cathédrale est de style roman auvergnat, mâtiné des influences de l’Orient et de l’Espagne mauresque. Bâtie sur la roche escarpée du mont Anis, elle fut agrandie et s’étendit au-dessus du vide sur de robustes piliers. C’est ce qui explique l’immense porche avec ses trois hautes arcades.
Selon le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle, rédigé vers 1140, « il y a quatre chemins qui conduisent à Saint-Jacques ». Avec la voie d’Arles, de Vézelay et de Tours, Le Puy-en-Velay est le point de départ de l’un d’entre eux. C’est la « via podiensis ». En 950, l’évêque du Puy, Godescalk, se lança dans l’aventure et inaugura lui-même cet itinéraire spirituel  à la tête du premier pèlerinage français vers le tombeau de l’apôtre Jacques le Majeur. Puis ce fut le grand engouement populaire de l’Occident chrétien pour Saint-Jacques-de-Compostelle. En récompense, le pèlerin se voyait remis d’une partie de ses péchés.
Dans la cathédrale, le point de départ du pèlerinage avait lieu au pied d’une statue de l’apôtre. Au passage, les marcheurs de Dieu ne manquaient pas d’implorer la Vierge noire.
Comme les pèlerins du Moyen Age, je sors de la cathédrale par le grand escalier sous le porche et je découvre la ville du Puy. J’imagine l’émotion des pèlerins du XIIe siècle qui descendaient ces marches monumentales devant l’immensité du chemin à parcourir jusqu’à la lointaine Galice.


Pour s’engager sur le grand chemin, les pèlerins, au sortir de la cathédrale, suivaient la rue des Tables, gagnaient la place du Plot, puis par la rue Saint-Jacques s’engageaient dans le faubourg du même nom. C’est exactement le même parcours qu’emprunte le GR 65.



La rue des Tables

Passant devant une statue en bois d’un pèlerin de Saint Jacques, le sentier monte par une route revêtue jusque sur le plateau dominant la ville, puis il s’éloigne par un large chemin caillouteux.


Statue en bois d’un pèlerin de Saint Jacques

Il passe à gauche du Croustet, un petit cône volcanique de type strombolien déjà érodé qui est formé de projections de scories exploitées sous le nom de pouzzolanes.
Les monts du Velay ou du Devès séparent la Loire de l'Allier. Ces montagnes consistent en une longue échine basaltique qui culmine à 1423 m au Devès. C’est le plus vaste plateau basaltique de France, constellé de quelque cent cinquante volcans qui sont venus marquer le paysage de leurs scories noires et rougeâtres. Vaste planèze herbeuse au sol rougeâtre, les monts du Velay  sont la terre d’élection de la lentille verte.
Je retrouve Viviane à une intersection.

L’après-midi, après La Roche, j’emprunte un chemin en corniche qui domine le ravin de la Gazelle.
Des blocs cristallins jonchent  la prairie, avec un petit air de causse. Seulement les murets ici  ne sont pas en calcaire… Par la suite, je traverse un petit bois, franchis le ruisseau de la Roche et remonte jusqu’à Saint-Christophe-sur-Dolaizon (908 m). Je peux voir dans le village les restes d’un four banal où chaque famille venait cuire son pain à tour de rôle. Je voudrais visiter l’église du XIIe siècle, en brèche volcanique rougeâtre avec un clocher-arcade ; mais un enterrement m’en empêche.
Le sentier se poursuit sur le plateau par des chemins goudronnés, empierrés ou herbeux, s’insinue entre des murets de pierre. Des brebis noires du Velay, race rustique, broutent l’herbe des pâturages. A Ramourouscle, près de la maison d’assemblée, une croix  est datée de 1631.  
Les croix sont particulièrement nombreuses en Haute-Loire, témoins d’une ferveur et d’une foi ancrées dans les traditions.
Par un chemin goudronné, je passe à côté de la chapelle Saint-Roch et j’atteins Montbonnet (1108 m). Viviane est garée dans le village. Bien placée pour s’en rendre compte, elle me dit avoir vu passer beaucoup de randonneurs. Nous cherchons un gîte ou un camping pour la nuit. Le gîte d’étape local est déjà bondé et ne propose pas de camping, contrairement à ce qui est noté dans le topoguide.

Nous nous dirigeons vers Saint-Privat-d’Allier où nous trouvons un petit camping municipal sous les sorbiers, à côté du GR. Le soleil disparaît rapidement.

Vendredi 11 septembre 2009 : Montbonnet – le Vernet.


  
sous les sorbiers, au camping de Saint-Privat-d’Allier

Ce matin, à Montbonnet, le ciel est couvert, il y a du vent et il fait froid !
Le chemin traverse un étroit plateau. Encadré par les houppes blanches des fleurs fanées d’épilobes,le GR 65 grimpe et entre dans les bois, gagne le lac de l’Œuf. C’est une tourbière située à 1200 m d’altitude sur la ligne de crête des monts du Devès dans une dépression entre deux cônes volcaniques.


 Par une voie forestière et un sentier herbeux, je descends jusqu’au hameau du Chier. Je débouche dans le coudert, une petite prairie communale sur la place du hameau. Après une lande parsemée de pins, j’arrive au moulin et à la ferme de Piquemeule. Après quoi, j’atteins les premières maisons de Saint-Privat-d’Allier, un village perché avec un prieuré en éperon. Passé le petit camping où nous avons dormi,  le sentier se dirige vers Rochegude, une place-forte dominant la trouée de l’Allier, aux confins du Velay et du Gévaudan. La descente vers la vallée est périlleuse, dans un chaos granitique.
Pause méridienne dans le Boxer, à la sortie du hameau de Pratclaux.

Par la suite, un raccourci coupe les lacets de la route, et je termine ma plongée dans la vallée jusqu’à Monistrol-d’Allier (619 m). En contrebas du village, je franchis l’Allier sur un pont métallique, le pont Eiffel.
Le sentier de grande randonnée va maintenant entreprendre la grimpée vers les monts de la Margeride. Il monte d’abord fortement  par la route jusqu’à la chapelle de la Madeleine (une grotte close au XVIIe siècle d’une façade de pierre). Il grimpe encore par un sentier en escalier muni d’une main courante jusqu’au ressaut d’Escluzel. Après le village la montée continue, le GR coupe la route et s’élève par un sentier en lacets à travers bois. Un chat en chasse remonte devant moi, toujours à distance respectueuse. J’atteins le hameau agricole de Montaure (1022 m), sur les plateaux de la Margeride, après un dénivelé de 400 mètres. Viviane est là, devant une ferme. Les poules picorent devant la voiture. Je décide de continuer encore pendant quatre kilomètres sur le plateau, par Roziers, jusqu’au Vernet.
Lourde échine granitique, la Margeride domine un paysage de collines aux formes adoucies, modelé par l’érosion. S'y étendent d'immenses pâturages entrecoupés de bois, de prés, de landes et de ruisseaux.
Nous sommes ici au cœur du Gévaudan historique. Le granite à gros cristaux accapare l’immensité de l’espace. Plus de basalte mais du granite, même pour les piquets plantés au bord des pâtures…

A quelques kilomètres de là, à Saugues, se trouve un grand camping municipal. Par téléphone, le responsable nous indique où trouver la clef, en attendant son arrivée après 18h. Nous  y sommes seuls, … oui, mais en face sur le stade, une équipe de foot va s’entraîner jusque tard dans la nuit !

Samedi 12 septembre 2009 : Le Vernet – Chazeaux.

Le tronçon du Vernet jusqu’à Rognac était l’un des chemins les plus fréquentés par les pèlerins pour aborder les plateaux de la Margeride.
Ce matin, les landes de genêts, bruyères, callunes et myrtilles, les savanes de fougères disparaissent, gommées du paysage par un brouillard épais. Devant et derrière moi se profilent par moments quelques silhouettes de randonneurs dans la brume. Je double deux jeunes filles. Elles sont québécoises et se sont accordées une année pour parcourir le monde. Un autre randonneur me rattrape à Rognac. Nous faisons route ensemble jusqu’à Saugues
Le brouillard se lève. Je m’arrête dans cette petite ville de la Margeride dominée par son gros donjon carré, massif, la « tour des Anglais ».  En face du donjon se situe le musée fantastique de la Bête du Gévaudan. Je voulais le visiter, mais à cette époque il est fermé et n’est accessible que sur rendez-vous.
Au XVIIIe siècle, Aubrac et Margeride regorgent de loups. L’un d’eux va marquer les mémoires. Durant trois ans, la Bête aurait massacré une centaine de femmes et d’enfants, dans la région de Saugues. En juin 1767, un certain Jean Chastel parvient à tuer un grand loup carnassier, mettant fin aux massacres.
A la sortie de la ville, belle sculpture en bois d’une lavandière.


Après le pont sur la Seuge, le GR 65 emprunte une route jusqu’au hameau du Pinet. Là un groupe de dames s’apprête au départ sur le chemin vers Compostelle. Elles ont triché, préférant éviter la montée de Monistrol ! Elles me demandent de les prendre en photo pour « immortaliser » leur départ…
Suivi de loin par le groupe, je m’engage sur un large chemin dans une forêt de résineux qui mène à La Clauze. C’est là que m’attend Viviane.
Ce village est caractéristique de l’architecture du Gévaudan : autour de la maison d’assemblée, un groupe de maisons en granite, une petite croix et un « travail » (où l’on ferrait les bêtes). Une tour curieusement perchée sur un bloc de granite est le seul vestige d’un château du XIIe siècle.
Après-midi, cheminement sur le plateau puis descente au Villeret-d’Apchier, sur le flanc de la vallée de la Virlange. Par le moulin du Pin et la ferme de Contaldès, le sentier remonte la vallée sur l’autre rive en léger surplomb jusqu’au hameau de Chazeaux.
Je retrouve Viviane sur une place, à côté d’une fontaine. Au-dessus de cette fontaine, un panneau indique : « fontaine, ici », avec une flèche, au cas où les pèlerins fatigués ne la remarquent pas !
Un gîte propose de la tarte aux myrtilles. Le parcours du GR 65 est truffé de gîtes d’étapes, de chambres d’hôtes et d’accueils en tout genre, là où on ne les attendrait pas, dans les moindres hameaux agricoles.

Nous allons nous installer dans un camping à Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère.
Oscar va faire connaissance et jouer avec le jeune chien du camping, Dino, âgé de dix mois et deux fois plus gros que lui ! C’est un chien de montagne des Pyrénées, ou patou.



Dimanche 13 septembre 2009 : Chazeaux – Saint-Alban-sur-Limagnole.

Au départ de Chazeaux, le GR 65, sous un ciel brumeux, s’engage dans les pâtures, entre en forêt, franchit des portillons qui limitent la déambulation des troupeaux. Il sort du bois pour accéder à un vaste pâturage qui mène au domaine du Sauvage (1292 m). C’est une ferme à l’allure de maison-forte où beaucoup de randonneurs font étape.
Par une route forestière non revêtue, je débouche sur le col de l’Hospitalet (1304 m). Le soleil réapparaît sur les troupeaux en pâture.


En suivant la route départementale, l’itinéraire quitte la Haute-Loire et pénètre en Lozère (région Languedoc-Roussillon), à la hauteur de la chapelle Saint-Roch. C’est l’ouverture de la chasse aujourd’hui. La preuve, deux chiens de chasse errent aux alentours de la chapelle, bientôt recherchés par une voiture. Dans le refuge accessible juste à côté, un cahier est à disposition des randonneurs et pèlerins : florilège d’inscriptions des plus sobres aux plus illuminées !
Le sentier s’engage dans les landes à genêts et à bruyères, longe une murette, franchit un petit col, et rejoint une dépression  au milieu des prés et des pâtures. Là se rejoignent le GR 65 et le GR 4. Viviane et Oscar m’attendent au soleil, auvent déplié. Il y a de plus en plus de randonneurs qui passent, me dit Viviane qui commence à en connaître certains.
Lorsque je reprends ma route, les deux GR franchissent sur des dalles le ruisseau de Gazamas et montent vers une pinède dans laquelle ils se séparent. Le GR 65 continue sous forêt, descend au Rouget et gagne Saint-Alban-sur-Limagnole.
Panneau d’information sur le départ des pèlerins au Moyen Age.
Je contourne le bourg par l’est pour atteindre le centre, désert en ce dimanche après-midi. Je fais une halte dans un bar avant de gagner le camping où nous avons dormi hier, non sans m’être auparavant trompé de direction. Il est 17h15 lorsque j’arrive au camping, excentré, à 600 mètres du GR après le terrain de sport. Viviane et Oscar y sont installés, pratiquement seuls dans ce vaste espace. La Limagnole traverse le camping. Le chien Dino profite de l’inattention des patrons, franchit le pont de bois pour venir retrouver Oscar.

Lundi 14 septembre 2009 : Saint-Alban-sur-Limagnole – Lasbros.

Au matin, lorsque je me promène avec Oscar, Dino nous attend, à l’affût près du pont.

Viviane et moi quittons le camping ensemble. Le GR monte vers une grande croix sculptée avant de descendre sur Grazières-Mages. Il traverse un bief de moulin, rejoint la route départementale. Là, je trouve un nouveau panneau d’information sur le retour des pèlerins.
Un vent froid souffle sur le parcours, à travers les forêts de conifères, les landes de genêts et les pâturages hérissés de rochers de granite où paissent les troupeaux de race aubrac. Le sentier traverse Chabanes-Planes puis descend sur Les Estrets. La petite église possède un clocher-mur à deux arcatures.
Je franchis la Truyère. Ici commence, à cheval aux confins des monts granitiques de la Margeride et des immenses plateaux basaltiques de l'Aubrac, l’âpre terre de Peyre, couverte de forêts denses et de prairies humides. Le sentier chemine sur le plateau, passe devant la croix de Castanier dont il ne reste que le socle et le fût brisé. D’autres randonneurs m’envient, qui me voient poser mon sac à dos à côté du camping-car, quelque part sur la lande…

L’après-midi, à l’entrée d’Aumont-Aubrac, sous une croix, un amoncellement de petits cailloux déposés par les pèlerins, comme souvent sur le parcours... Ici le GR 65 se sépare du GR de pays Tour de la Margeride avec lequel il a fait trajet commun. A la sortie du bourg, par contre, il rencontre le GR de pays Tour des Monts d’Aubrac. Le sentier passe sous l’autoroute A75. A une altitude variant entre 1000 et 1100 m, il chemine jusqu’à La Chaze-de-Peyre.
Le pays de Peyre, ou « pays de pierre » est le domaine privilégié de cette belle pierre grise aux gros cristaux. Sur la place, une intéressante église comporte d’un côté un portail moderne, de l’autre une chapelle gothique.
C’est par une petite route que je quitte le village jusqu’à rejoindre la chapelle de Bastide, sur l’ancienne voie romaine d’Agrippa (porte de passage entre Auvergne et Languedoc), aujourd’hui route départemen-tale 987 fort fréquentée.
Parcours sans intérêt. Je traverse Lasbros et j’aperçois le fourgon à la sortie ouest du village.

Nous allons passer la nuit à Aumont-Aubrac dans un grand camping municipal sous les pins.

Mardi 15 septembre 2009 : Lasbros – ferme des Gentianes.

Le GR 65 quitte Lasbros par un chemin d’abord goudronné, puis il emprunte la « route vieille », franchit le riou Frech et remonte jusqu’au carrefour des Quatre-chemins (gîte d’étape et bar). Le soleil est agréable dans un ciel bleu parcouru de cumulus sans incidence.
Le sentier traverse un bois et débouche sur les prairies des monts d’Aubrac.
Haut plateau volcanique et granitique, plus aride et plus désolé que la Margeride, l’Aubrac est un pays rude, balayé par les vents. C’est une bande montagneuse née d’une immense coulée de lave, entre les vallées du Lot et de la Truyère.
Les prairies ont depuis le Moyen Age progressivement remplacé les bois. L’Aubrac décline à l’infini ses terres à pâturages, piquetées de forêts où dominent le chêne, le hêtre, le sapin et l’épicéa.


Le sentier longe un pré marécageux où paissent de belles vaches à la robe fauve de race aubrac.


Il franchit à gué le ruisseau de la Planette. Les aires de pâturage, les estives, sont ceinturées de murettes de pierres sèches.


Je rejoins une route à proximité du moulin de la Folle (1156 m). Le paysage se ponctue de gros blocs erratiques, plantés verticalement ou lourdement couchés au sol.


Je traverse la route et m’éloigne dans les pâturages. Les silhouettes desséchées des grandes gentianes parsèment les pelouses. Des portillons séparent des pâtures, que je referme avec soin. Je franchis un pont de dalles de granite, je débouche à la croix de Ferluc à proximité des bâtiments de la ferme. Une pancarte invite les randonneurs à ne pas utiliser les prairies privées pour y faire halte. Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre, peu avant que j’atteigne un carrefour et la ferme des Gentianes (1192 m).
Nous mangeons encore dans le fourgon. J’interromps ici ma randonnée sur le GR 65, après 19 jours de marche.


Fin de la 2ème  période




Jeudi 27 mai 2010 : Ferme des gentianes – Aubrac.

Parvenus hier sur l’Aubrac, Viviane et moi avons passé la nuit au camping municipal de Nasbinals (Lozère).

Je reprends aujourd’hui ma randonnée sur le GR 65, au départ de la ferme des Gentianes, à 10h15. Une alternance de soleil et de nuages va ponctuer mon parcours.
La transhumance est terminée. Les belles vaches aux yeux ourlés de noir et aux cornes en forme de lyre ont rejoint leurs aires de pâturage, les estives.
La floraison explose. Des parterres de narcisses des poètes, parfois parsemés de jonquilles, tapissent la prairie telle une fine couche de neige.


Narcisses des poètes

Violettes tricolores (Viola tricolor) et pensées des Vosges (Viola lutea) égayent en massifs la bordure des chemins.   
                                                                                                                                                                  

                                                          
                Viola tricolor                                                                                Viola lutea

Le sentier s’éloigne dans les pâturages, approche du roc des Loups et débouche sur la Grande Draille qu’il emprunte jusqu’au pont sur la Peyrade. Les drailles sont les grands chemins de transhumance souvent bordés de murettes de pierre sèche dont l’origine se perd dans la nuit des temps. A Rieutort-d’Aubrac, un four banal et deux abreuvoirs-fontaines en granite. A Montgros (1234 m), arrêt dans une auberge pour déguster une bière artisanale de l’Aubrac.
Je retrouve Viviane à 13h près d’un cimetière, à l’entrée de Nasbinals. [Oscar n’est plus avec nous. Notre vieux compagnon est mort en février d’une crise cardiaque.] Comme d’habitude, nous mangeons dans le Boxer, et je fais une petite sieste avant de continuer mon chemin.
Le GR traverse le village par le foirail et la rue principale puis s’éloigne par un chemin empierré à travers les pâturages.


Il franchit un pont sur un ruisseau, s’engage sur une draille. Paysage pastoral de steppe avec ses ourlets de pierre, ses portiques pour le bétail et ses burons.


Les burons, abris de pierre des bergers durant l’estive, étaient des maisons basses de basalte et de schiste recouvertes de lauzes. On y fabriquait le fromage. Les derniers buronniers sont en voie de disparition. Seuls deux restent encore en activité sur l’Aubrac.
Sur la bordure du chemin fleurit l’euphorbe d’Irlande ; sur la prairie, l’orchis sureau où l’on trouve dans la même population des individus à fleurs pourpres et des individus à fleurs jaunes. Légère odeur de sureau pour attirer les insectes.


Euphorbe d’Irlande


          



                           Orchis sureau


Je contourne deux burons, j’atteins une hêtraie d’altitude. Deux perdrix s’éloignent devant moi et s’envolent. Sans que rien ne l’indique, je gagne la limite départementale et, à 1368 mètres d’altitude, je passe dans l’Aveyron (région Midi-Pyrénées), un département qui reprend approximativement les contours de l’ancienne province du Rouergue. Le GR suit la Grande Draille qui se dirige plein sud vers Aubrac. Au milieu des vaches, un impressionnant taureau barre le passage entre deux pâtures, oui… juste là où s’engage le sentier ! Placide, il se contente de me suivre jusqu’au portail…
Une grosse tour sombre surgit alors d’un paysage austère balayé par les vents, à côté d’une église romane et de quelques maisons en pierre volcanique. C’est Aubrac (1307 m). Dès le XIIe siècle, la domerie d’Aubrac fut le passage obligé des pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle qui parvenaient exténués du plateau désertique. La tour qui sert maintenant de clocher abrite la cloche des perdus qui était actionnée durant de longues heures du jour et de la nuit en temps de neige et de brouillard pour ramener les voyageurs et pèlerins égarés dans l’Aubrac.                       
Il est 16h50. Sur la place, devant l’auberge, m’attend Viviane.

Nous retournons au camping municipal de Nasbinals où nous avions passé la nuit dernière.

Vendredi 28 mai 2010 : Aubrac – Saint-Côme-d’Olt.

A partir d’aujourd’hui, au départ d’Aubrac, j’utilise pour marcher deux bâtons télescopiques qui me seront bien utiles par la suite.
Le sentier de Saint-Jacques va maintenant entamer sa longue descente vers la vallée du Lot. Il atteint le neck volcanique de Belvezet, un piton qui porte les ruines d’un donjon du XIIIe siècle. Le chemin s’enfonce entre les frênes. Des vaches des Highlands ruminent dans une prairie enclose. « Attention, animaux imprévisibles » prévient une pancarte.
  

Dans la descente, la végétation change, devient plus boisée. Un beau chemin forestier en balcon mène à Saint-Chély-d’Aubrac (808 m). Jonction avec le GR 6 (sentier Alpes-océan) qui va faire trajet commun avec le GR 65. Sur la place centrale, je m’arrête pour boire une bière en terrasse, parmi d’autres randonneurs. A la sortie du village, un vieux pont enjambe la Boralde. Sur le socle du calvaire, un petit pèlerin est sculpté dans la pierre.


Avec Viviane, on se retrouve au hameau des Cambrassats, avec pas mal de retard sur l’horaire prévu.
Dans l’après-midi, c’est parmi un concert de grillons champêtres dans les prés que je redémarre. Plus proches du chemin, les silhouettes féminines des fleurs de l’orchis pourpre s’exposent sur les flancs sud de l’Aubrac.
A Lestrade, sous une grange, des boissons à un euro sont proposées en libre-service dans des bouteilles thermos. La descente se poursuit. Je traverse une châtaigneraie, je coupe une route, traverse un ruisseau à gué, m’engage dans un chemin creux, passe sur un vieux pont enfoui sous la végétation.
Le plateau d’Aubrac vient s’échouer brutalement sur le tapis vert du pays d’Olt. Encore une dernière montée traîtresse vers une cour de ferme, un gîte d’étape puis un passage entre de vieilles vignes pour descendre enfin en se faufilant entre les maisons à Saint-Côme-d’Olt (385 m), dans la vallée du Lot. St-Côme-d’Olt possède un curieux clocher flammé en vrille. Il est 18h lorsque je débouche près d’un cimetière.

Je rejoins avec Viviane un camping au bord du Lot. Emplacement ombragé, sur une jolie pelouse, au bord de la rivière. Lorsque la nuit est tombée s’élève un chant clair et cristallin, unique et régulier. Un alyte (crapaud accoucheur) ou un hibou petit-duc ? Leurs voix flutées et mélancoliques sont presque identiques…

Samedi 29 mai 2010 : Saint-Côme-d’Olt – Estaing.

Le pays d’Olt s’écoule le long du Lot entre vallons fleuris et gorges profondes.
La journée s’annonce ensoleillée. Je quitte la ville par le pont sur le Lot, situé juste à côté du camping. Les deux GR passent sur la rive gauche, longent d’abord la rivière et montent en corniche par un chemin au dénivelé important au-dessus de la vallée, parmi les hêtres, les chênes et les châtaigniers. Un tambourinage sourd au bruit de casserole retentit. C’est le pic noir !
Le sentier chemine sur la crête. A hauteur de la Vierge de Vernus, je descends trop tôt vers la vallée et me retrouve sur les berges du Lot à l’entrée d’Espalion. Je retrouve le balisage blanc et rouge à proximité d’un camping. Par une large allée ombragée, j’entre en ville. Je traverse les petites rues piétonnes jusqu’au pittoresque vieux pont du XIIIe siècle. Restant sur la rive gauche, le sentier s’éloigne, essentiellement sur route, et gagne le vallon de Bessuéjouls. Dans un environnement verdoyant, l’église cache dans son clocher roman une chapelle haute en pierre rose du XIe siècle.
Des randonneurs sont arrêtés ça et là pour pique-niquer. Je m’arrêterais bien pour me désaltérer à l’auberge, mais Viviane m’attend ! Je remonte sur un plateau, descends en lacets sur le château de Beauregard et sur l’église de Trédou où nous nous retrouvons près d’une table de pique-nique et d’un point d’eau.

L’après-midi, en une courte étape, je chemine sur route et chemins d’exploitation, côtoie des champs de blé encore verts d’où émerge le rouge écarlate des coquelicots. Je traverse le village de Verrières aux vieilles demeures, pour ensuite atteindre Estaing, pittoresque bourgade au confluent du Lot et de la Caussade. Viviane m’attend à l’entrée du pont sur le Lot.

A 17h15, nous allons nous installer au camping municipal d’Estaing situé à 2 km au nord de la ville.

Dimanche 30 mai 2010 : Estaing – Golinhac.

Il pleut, ce matin. Une bruine continue et pénétrante qui oblige à revêtir la veste de pluie et à protéger le sac-à-dos.
Le sentier ne traverse pas le Lot ni donc la ville, édifiée sur la rive droite. Le GR 6 et le GR 65 se séparent. Le sentier de Saint-Jacques longe la rive gauche sur une route asphaltée jusqu’au confluent avec le ruisseau de Luzane. Il va maintenant grimper sur un plateau en empruntant routes, raccourcis et sentiers abrupts. Il traverse des hameaux (Montegut, le Mas) sous une pluie de plus en plus drue, atteint l’altitude de 660 mètres.
Sur un muret, à l’intersection de deux petites routes, une photo et un texte émouvant attirent mon attention : « Pépé Catusse » s’adresse aux pèlerins et randonneurs qu’il aimait rencontrer en ce lieu sur la fin de sa vie. De là-haut, depuis les étoiles, il continue à veiller sur nous… Le lieu est discrètement honoré par une fleur fanée et des petits cailloux que les pèlerins amoncellent souvent sur les calvaires du sentier.
C’est au bord d’une route forestière que je retrouve Viviane.


Au sec dans le camping-car je fais sécher mes vêtements. Dehors, des randonneurs continuent de passer, engoncés sous leur cape…
Je reprends mon chemin dans l’après-midi. La pluie s’est calmée, mais la bruine persiste durant tout le parcours. Je traverse le hameau de Massip, descends dans le bois et atteins Golinhac (650 m). Nous avions rendez-vous un peu plus loin. Mais comme il y a un hébergement dans le village, je téléphone à Viviane de me rejoindre. Je bois une bière en l’attendant, et nous nous installons à 16h au gîte d’étape – camping du village. Depuis le Boxer, nous voyons parvenir au gîte les uns derrière les autres les randonneurs transis. Nous sommes seuls au camping et nous pouvons utiliser les installations sanitaires du gîte d’étape. Lors d’une accalmie, je fais une promenade dans le village. Sur une croix en pierre, un petit pèlerin sculpté tient fermement son bourdon dans la main droite. Le village était sur une voie de passage du pèlerinage de St-Jacques dès le XIe siècle.

Lundi 31 mai 2010 : Golinhac – Conques.

Le temps est toujours humide. Le GR s’éloigne de la vallée du Lot et du pays d’Olt pour traverser le plateau du pays de Conques : d'immenses prairies, des bois de châtaigniers, de chênes et de frênes.
A Campagnac, le GR 65 retrouve le GR 6 avec lequel il va avoir un trajet commun jusqu’à l’entrée de Figeac. Au hameau du Soulié, sous un abri, des boissons sont proposées aux randonneurs. On laisse ce qu’on veut. Des fleurs d’acacias (robiniers) jonchent la route et la rendent glissante.
A l’entrée d’Espeyrac, se trouve une vieille croix de pierre très belle qui a été déplacée de quelques centaines de mètres. Bâtie en amphithéâtre, Espeyrac comporte des rues pentues et des ruelles en escalier, sur un promontoire rocheux. Le sentier arrive ensuite à Sénergues située à 506 m sur un plateau granitique.
Je retrouve le Boxer près d’un abribus dans le village. Nous y restons pour déjeuner pendant que des randonneurs se succèdent pour une pause juste à côté, en se protégeant d’une bruine intermittente.
Après la pause, l’itinéraire grimpe dans une forêt de résineux, se prolonge entre des champs et des landes de genêts à balais. Il croise et emprunte plusieurs fois la D42.
Dans l’église du hameau de St-Marcel, des randonneurs se sont arrêtés pour le casse-croûte ! De hauts mats en bois, arbres ébranchés jusqu'au houppier, peinturés et datés, attirent mon attention. Déjà la tradition du « mai », vivace dans le sud-ouest ?
Peu après, c’est la descente sur Conques par un petit sentier. La vue est saisissante. En débouchant dans la combe encaissée de l’Ouche, je découvre la ville aux toits pointus que dominent les trois tours de la basilique Sainte-Foy.


Je traverse la ville et ses ruelles pentues.


Par la rue Charlemagne qui dévale vers le ravin du Dourdou, je rejoins Viviane au camping à 17h, sur les bords du Dourdou.
Conques est une étape incontournable de la « via podiensis », citée par Aimery Picaud dans le Guide du Pèlerin. Son abbatiale fut construite du XIe au XIIe siècle pour abriter les reliques de sainte Foy que les moines de Conques volèrent à Agen au IXe siècle. Le rayonnement du sanctuaire attira les foules jusqu’à la guerre de Cent Ans.
Nous remontons à pied visiter la ville : un festival de lucarnes et clochetons, toits de lauzes en saillie, ruelles pavées en pente. Face à la fontaine des Pèlerins, le portail de l’abbatiale Sainte-Foy s’orne d’un des plus importants tympans de l’art roman.


L’intérieur est un vaisseau magnifique, tout de simplicité et d’harmonie. La salle du Trésor se situe dans une aile du cloître. C’est le plus riche trésor du Moyen Age conservé aujourd’hui. La pièce principale en est la statue-reliquaire en or de sainte Foy, ressemblant à une idole païenne. Nous visitons également le musée avant de redescendre au camping par la rue Charlemagne et ses pavements scabreux.


Nous mangeons un aligot (purée de pomme de terre additionnée de tomme fraîche) au restaurant du camping, avec trois randonneurs, dont deux compères qui débutent leur parcours à Conques avec leur chien Dagobert.

Mardi 1er juin 2010 : Conques – Decazeville.

Le temps semble plus clément aujourd’hui. Le soleil fera de larges apparitions dans la journée. Je quitte Conques par le vieux pont des Roumieux qui enjambe le Dourdou.


Le GR 65 et le GR 6 empruntent un sentier en pente raide jusqu’à la chapelle Sainte-Foy. J’y rattrape deux randonneuses (une blonde et une brune !) déjà rencontrées sur le sentier. A ce sujet, Viviane et moi sommes frappés par le nombre de femmes, seules ou en groupes, qui effectuent le parcours. Depuis quelques années, on assiste à un engouement pour les sentiers de Saint-Jacques-de-Compostelle qui sont classés au patrimoine de l’humanité. De plus, 2010 est une année jacquaire.
Le sentier continue à grimper jusqu’à la crête. Il débouche sur des landes de callunes, fougères et genêts parsemées de châtaigniers, chênes, bouleaux et entrecoupées de cultures de céréales, seigle notamment. Il traverse plusieurs hameaux avant d’atteindre celui de Prayssac. 
Viviane m’attend dans le Boxer près d’un abri pour pèlerins, avec force citations et icônes religieuses ainsi que le cahier pour consigner ses impressions. Un paysan vient nous demander de nous déplacer, car nous sommes devant l’étable où il veut rentrer ses génisses. Nous nous installons près d’une maison isolée de personnes âgées où passent à tour de rôle les camionnettes de l’épicier et du boulanger. Le chien de la ferme daigne à peine se déranger…

Par la suite, l’itinéraire atteint une intersection à 590m d’altitude, où passe la Méridienne Verte, ligne virtuelle où des arbres ont été plantés tout au long du méridien de Paris pour marquer le passage en l’an 2000.
Au détour d’un chemin de terre, on découvre le bassin de Decazeville. Après la ferme de Laubarède, j’emprunte la route que l’on appelle «  lou camin Conquet », longue descente vers Decazeville. Au pied de la rude plongée bétonnée entre les maisons, je tombe brusquement sur le fourgon de Viviane, dans une triste rue du centre-ville. Pas très exaltant, comme endroit !
La ville fut appelée ainsi au XIXe siècle en souvenir du duc Decazes, ministre de l’industrie sous Napoléon. Il fut le promoteur  de l’industrie minière de ce bassin houiller.

Nous fuyons rapidement la ville pour rejoindre un camping au bord du Lot à Livinhac-le-Haut. On y retrouve les trois marcheurs de Conques et Dagobert. Une brève ondée nous accueille lorsque nous allons prendre un verre avec eux sous le chapiteau du camping.

Mercredi 2 juin 2010 : Decazeville – Figeac.

De retour à Decazeville, Viviane s’apprête à me laisser sur le sentier. Mais le balisage blanc et rouge emprunte une interminable montée raide et bétonnée à travers les lotissements du versant ouest. Je me laisse donc volontiers économiser une demi-heure de montée. Lorsque Viviane me dépose, je continue de grimper jusqu’au lieu-dit Saint-Roch. Attiré par des affiches, je rentre dans la chapelle. « Bonjour, pèlerin ! » me lance un  petit vieux qui y pénètre derrière moi. Je saurai plus tard par un randonneur qu’il s’agit de l’ancien curé qui veille sur les lieux. Il entreprend de me commenter la vie de saint Roch et les photos du spectacle son et lumière qu’une troupe locale lui a consacré. Saint Roch prit la place au XVe siècle de saint Jacques dans de nombreuses églises et chapelles autrefois dédiées à l’apôtre de l’Espagne. Pour cette raison, les oratoires et chapelles du nom de saint Roch ont un lien certain avec les chemins de Saint-Jacques.
Après cela, c’est la descente par un chemin boueux vers le Lot. Je franchis la rivière sur un pont qui rejoint sur la rive droite Livinhac-le-Haut, enserré par un méandre de la rivière. A proximité se situe le camping où nous avons dormi cette nuit.
Je traverse le village et grimpe vers les collines du sud du Ségala. Aux confins du Quercy s’étend le Ségala, dernières ondulations du Massif central avant les causses. Je passe dans le département du Lot et j’atteins Montredon, village pittoresque étagé sur un mamelon. Ici, c’est le Quercy, et même le Haut Quercy. Les toits de beaucoup d’habitations sont en tuiles demi-lune.
« Honneur à notre élu » disent de hauts mats harnachés de drapeaux bleu-blanc-rouge. Il est de tradition dans le Lot, en Corrèze ou en Dordogne, de planter un arbre de mai en l’honneur des élus. C’est un héritage de la Révolution. Cette coutume est très vivace.
Par des chemins de haie ou bordés de chênes à travers les champs de seigle (d’où l’origine du nom Ségala), par des routes et une sente ravinée, je traverse fermes et hameaux, longe la prairie d’un ancien aérodrome et rejoins Viviane en plein soleil stationnée près d’une maison.
Lorsque je repars, je m’attarde à photographier un centranthe rouge (dit lilas d'Espagne), très visité par le papillon moro-sphinx (ou sphinx-colibri).


Dans les haies, sur les aubépines, les chenilles grégaires de l’hyponomeute du cerisier vivent et se développent dans leur cocon communautaire qui a envahi tous les branchages.
Un lézard vert traverse le chemin et se camoufle dans les hautes herbes. C’est un mâle à la gorge bleue (caractéristique de la saison des amours).
A la ferme de la Cipière, une tour carrée sert de pigeonnier, tradition très répandue dans le Quercy. Je me dirige vers Saint-Félix. L’auberge où j’espérais faire une pause est fermée.  A hauteur de St-Jean-Mirabel, j’aboutis à la D2, route fréquentée que le sentier va longer jusqu’à Bel-Air. Un texte sur céramique vernissée, d’inspiration religieuse, interpelle le pèlerin. Par la suite, le GR 6 se sépare du GR 65.
A travers des champs, j’entame alors ma descente vers Figeac. Une couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus) surgit en travers du chemin et se dirige vers le talus opposé. Un tracteur arrive juste à ce moment là dans le champ. Il stoppe à quelques centimètres de l’animal qui se redresse vivement et rebrousse chemin sans demander son reste. Ouf ! Le paysan me fait un signe d’interrogation. Je ne saurai jamais s’il a voulu la tuer ou l’éviter…

La descente est raide le long des petites routes qui mènent à Figeac. Dynamique cité marchande au Moyen Age, à l’extraordinaire patrimoine architectural de son centre médiéval, Figeac s’étage sur une colline au bord du Célé, au sud de la bande fertile du Limargue, entre Ségala et causses.
Le GR 65 débouche à l’entrée de l’agglomération devant le domaine du Surgié. C’est un complexe touristique avec piscine et camping. Ça tombe bien, nous n’irons pas plus loin, après cette étape de 27 km. Nous nous installons au camping à 18h25.
Nous sortons la table pour profiter du soleil. Nous buvons l’apéritif et mangeons à l’extérieur. La soirée se terminera par un scrabble.

Jeudi 3 juin 2010 : Figeac – Béduer.

Au lever, fraîcheur matinale et grand ciel bleu.
Sans pénétrer au centre-ville de Figeac, le sentier de Saint-Jacques-de-Compostelle va s’attaquer maintenant aux causses du Quercy, vastes étendues calcaires et dénudées qui forment la bordure ouest du Massif central.
Après avoir franchi le pont sur le Célé, le sentier gravit la colline du Cincle par un chemin à flanc de coteau. Il arrive à un monument d’où l’on jouit d’une vue sur la ville et il emprunte une route sur le plateau. Il atteint l’Aiguille du Cincle, curieuse obélisque en pierre de forme octogonale. Quatre obélisques auraient marqué, croit-on, les limites d’une abbaye de bénédictins.
Le GR traverse une zone industrielle puis s’oriente au sud-ouest vers le hameau de La Cassagnole. Nous sommes sur le  causse de Saint-Chels. Ce causse est délimité au sud et au nord par les vallées du Lot et du Célé qui se rejoignent à son extrémité ouest, et à l’est par le Limargue. Le sentier emprunte un chemin de causse entre des murets de pierre dans une végétation de relief karstique. Des « gariottes » font leur apparition sur le parcours. Ce sont des cabanes de pierre sèche, sans aucun liant, édifiées par les bergers pour servir d’abri. Un milan tournoie. Le soleil monte, la chaleur se fait sentir. Casquette et crème solaire sont nécessaires.
J’entre dans Faycelles. Une accueillante auberge derrière l’église m’incite à faire une pause. Sous la tonnelle, les deux randonneurs de Conques avec leur chien Dagobert se régalent d’un aligot. Je bois une bière en leur compagnie puis je reprends mon chemin. Long trajet sur route en plein soleil.
Viviane arrive à ma rencontre. Nous empruntons ensemble un chemin ombragé qui mène à un carrefour avec un oratoire au lieu-dit Mas de la Croix. On mange sur place dans le fourgon. Bientôt arrivent Dagobert et ses deux maîtres. Nous les invitons à prendre le café. Ils ont décidé de faire étape au camping de Béduer, tout près d’ici pour épargner la grosse chaleur à leur chien.

Il est 15h30. Finalement, je n’ai pas trop envie non plus de continuer. Je remets mes chaussures pour une demi-heure de marche. Un sentier pierreux, un chemin de causse, et j’atteins une route à hauteur du mas de Surgues. J’y retrouve la blonde et la brune qui sont allées trop loin et devaient s’arrêter au Mas de la Croix. A 500 mètres hors GR, je rejoins le camping du Pech Ibert, à Béduer, où m’a précédé Viviane.
Nous plaçons le camping-car derrière un mobil-home où sont déjà installés les deux compères. Plus tard, on les invitera à boire le pastis avec nous sous l’auvent.

Vendredi 4 juin 2010 : Béduer – Cajarc.

On se lève tôt pour faire aujourd’hui une unique étape matinale. Départ à 8h.
Le sentier chemine sur le causse. A mon passage, des lapins se réfugient dans leur terrier. Derrière un muret, j’admire une belle gariotte avec sa voûte en encorbellement.


J’entre dans le parc naturel régional des Causses du Quercy. Vers 10h, j’arrive sur la place de l’église à Gréalou. J’y ai rendez-vous avec Viviane qui me fournit quelques barres énergétiques.
L’église romane abrite une piéta du XVIIe siècle, mais elle est fermée. Il faut demander la clef quelque part, alors… je continue.
La chaleur, jusqu’alors agréable, devient plus pesante. Sur une hauteur à 395m, le Pech Laglayre, se trouvent rassemblés une vieille croix de pierre et un imposant dolmen. Si la Bretagne est aux yeux de tous le fief des mégalithes, on ignore souvent que le département du Lot est l’un des plus riches en dolmens, et notamment le causse de Saint-Chels. A cet endroit, le GR quitte provisoirement le parc régional. Il se poursuit par routes et chemins de causse parmi les chênes pubescents et les cultures de chênes truffiers, de figuiers et de noyers. Les grives musiciennes m’accompagnent de leur chant varié dans les fourrés d’arbustes.
Curieux ! Dans ce milieu calcaire et désertique, isolée à l’entrée d’une forêt de chênes, apparaît une mare avec de grands poissons rouges (carassins ou ides dorés), probablement créée artificiellement.
Le sentier aboutit au-dessus d’un cirque de falaises calcaires avec une vue dégagée sur Cajarc et la vallée du Lot. Je m’engage en descente rapide le long de la falaise, passant devant un vaste porche de grotte, et je débouche sur Cajarc à l’entrée ouest de la ville. C’est ainsi que je rejoins Viviane à 13h10, sur le GR, juste devant le petit camping municipal.

Comme prévu, je ne repartirai pas. Nous entrons nous installer au camping pour y manger, nous reposer et passer l’après-midi sous l’auvent. En fin de journée, je fais une petite balade le long du Lot.
Dans la soirée, un rossignol commence à chanter dans les buissons derrière le fourgon…